Aux alentours de Juillet 2017, une information fait surface : le FC Barcelone a eu un chiffre d’affaires de 648 300 000 €. Un ami m’envoie l’article qui en parle, sans dire un mot. Il faut dire que lors de cette période de transferts, le club catalan a l’air handicapé dans ses ambitions de recrutement, et ne peut pas attirer des joueurs au prix fort. Pourquoi sont-ils dans une telle situation malgré un chiffre d’affaires jamais atteint dans l’histoire du football? Ce que mon ami ignore, c’est que d’autres soldes plus significatifs entrent en jeu ici. C’est donc le but de cet article, à savoir parler des principaux soldes de gestion qui permettent d’analyser la situation financière d’une entité. Nous évoquerons le chiffre d’affaires, bien sûr, ainsi que les soldes intermédiaires de gestion, les différents résultats et enfin les soldes financiers.
Section 1 : soldes de gestion du chiffre d’affaires au résultat net
Cette section concerne des opérations qui permettent de retraiter le chiffre d’affaires afin d’obtenir le résultat net. Le résultat se définit comme les produits (ce qu’on « gagne ») auxquels on retranche les charges (ce qui diminue les produits).
- Lorsque le résultat est positif, alors on parle de bénéfice;
- lorsqu’il est négatif, on parle de perte.
I- Chiffre d’affaires
Le chiffre d’affaires est l’ensemble des montants qu’on perçoit après la vente de la marchandise, de la production ou du service de l’entité. Cependant, les marchandises/productions/services vendus, doivent faire partie de l’activité habituelle de l’entreprise. Ainsi, pour une entreprise de cosmétique, vendre un paquet de rouges à lèvre à 10 000 FCFA, va augmenter le chiffre d’affaires de 10 000 FCFA. Par contre, vendre une table à 50 000 FCFA ne va nullement augmenter son chiffre d’affaires, la table n’ayant rien à voir avec le cosmétique contrairement aux rouges à lèvre.
Pour simplifier, le chiffre d’affaires représente la plupart du temps, le montant de ce qui a été vendu. Cependant, une entreprise n’a pas que des rentrées. Elle a aussi des charges. Et c’est en général là que tout se corse.
II- Soldes intermédiaires de gestion
On subdivise les transactions de l’entreprise en deux catégories :
- L’activité ordinaire. Elle est constituée de l’activité d’exploitation (activité de vente des produits/services et toutes les charges y afférentes), où se trouve chiffre d’affaires, et de l’activité financière (intérêts perçus ou payés sur les emprunts, les dividendes, les variations des cours de la monnaie, etc);
- Le hors activité ordinaire. Comme son nom l’indique, cela concerne tout ce qui n’est pas habituel dans l’entreprise, ce qui est exceptionnel. Pour reprendre l’exemple plus haut, la vente de la table, vu qu’elle ne fait pas partie de l’activité de cosmétique, ne va pas faire entrer 50 000 FCFA dans le chiffre d’affaires de l’entreprise, mais plutôt dans les produits hors activités ordinaires.
Ainsi, les soldes intermédiaires de gestion ont pour rôle de faire ressortir les résultats de ces activités, en mettant en évidence plusieurs sous-éléments significatifs dans l’analyse de la santé financière de l’entité.


NB : Le schéma est purement indicatif, et n’a pas vocation à être compris dans cet article. Nonobstant, les soldes intermédiaires de gestion sont des notions assez complexes, et par conséquent, seront détaillés dans un article futur.
III- Résultats
Les soldes intermédiaires de gestion font intervenir au bout, deux résultats : résultat comptable et résultat net. Mais l’intervention d’un troisième résultat, dit résultat fiscal, entre inévitablement en jeu pour passer du comptable au net.
1- Résultat comptable
Il s’agit tout simplement des produits auxquels on soustrait les charges. Donc si au lieu de décortiquer les produits et charges de l’entité comme fait avec les soldes intermédiaires de gestion, l’on se contentait d’effectuer une soustraction, c’est la même chose qu’on obtiendrait.
Cependant, le résultat comptable (dénomination en fiscalité) encore appelé résultat avant impôt (dénomination financière) n’inclut pas deux charges, à savoir la participation des travailleurs et l’impôt sur les sociétés. Ce dernier est compliqué à obtenir, et nécessite donc l’intervention d’un résultat intermédiaire.
2- Résultat fiscal
L’impôt sur les sociétés correspond à un pourcentage (au Cameroun, 33%) qui est prélevé sur le résultat. Cependant, mathématiquement parlant plus le résultat est faible, plus l’impôt à payer est alors faible. C’est pour cela que certaines entreprises gonflent souvent artificiellement leurs charges ou diminuent leurs gains, afin de payer le moins d’impôts possibles. En réponse, le fisc a mis au point des règles qui permettent de supprimer certaines charges et d’ajouter certains produits.
Par exemple, une entreprise déclare des charges de 1 200 000 FCFA et des produits de 2 000 000 FCFA. Le résultat comptable est alors :
2 000 000 – 1 200 000 = 800 000 FCFA.
Cependant, parmi les charges, se trouvent 200 000 FCFA de frais pour rénover la maison du DG. Ces charges ne sont pourtant pas utiles pour l’activité de l’entreprise. Par conséquent, ces 200 000 FCFA de charges sont annulées par le fisc. Les charges totales sont désormais de 1 000 000 FCFA et le résultat devient alors
2 000 000 – (800 000 + 200 000) = 1 000 000 FCFA.
Ce montant représente ainsi le résultat fiscal.
Le résultat fiscal peut donc être défini comme un retraitement du résultat comptable pour obtenir la base de calcul de l’impôt sur les sociétés.
3- Résultat net (RN)
Il s’agit du résultat final, le solde inscrit dans un état financier appelé compte de résultat. C’est lui le fameux bénéfice que tout le monde connaît. Le résultat net est représenté par le résultat comptable auquel ont été retranchées deux charges : l’impôt sur les sociétés et la participation des travailleurs. Il correspond ainsi à l’enrichissement ou à l’appauvrissement d’une entité sur un exercice. On peut bien avoir un chiffre d’affaires record, mais des charges plus élevées vont inévitablement entraîner notre appauvrissement.
L’on peut donc résumer en disant que le chiffre d’affaire montre la qualité de commercial ou vendeur, mais le résultat, à travers la maîtrise des coûts, montre la qualité de gestionnaire. Dans le cas d’espèce, malgré le chiffre d’affaires monstrueux du FC Barcelone pour 2016/2017 son résultat net était de 26 000 000 €, 25 fois plus faible…
Section 2 : soldes de gestion du résultat net à la trésorerie
Le résultat net reste assez abstrait. En effet, il inclut des charges non décaissables, des produits non encaissables et il ne prend pas en compte le matériel durable ou les emprunts. C’est donc une représentation purement comptable de la santé financière de l’entité. D’autres soldes, un peu plus financiers, permettent néanmoins d’indiquer la situation de manière plus tangible.
I- Capacité d’autofinancement (CAF)
C’est en français, ce que beaucoup appellent le cash-flow. Là où le résultat prend en compte certains produits et charges qui n’entraînent pas de mouvements d’argent, la CAF ne s’encombre pas de cela (à l’exception des variations de stocks). Ainsi, la capacité d’autofinancement se définit comme un flux de trésorerie potentielle qui est généré pendant l’exercice.
CAF = RN + Charges non décaissables* – Produits non encaissables
* À l’exception des variations de stocks.
C’est la CAF qui rémunère les acteurs suivants :
- L’entité elle-même. On appelle cela autofinancement (AF), car l’entité augmente ses finances grâce à l’argent généré par sa propre activité;
- Les actionnaires. À la fin de l’exercice, les actionnaires (les individus qui ont investi leur argent pour que l’entité puisse exister) peuvent toucher une rémunération, qu’on appelle dividendes.
CAF = AF + Dividendes
Pour finir, la CAF est aussi une mesure utilisée pour prévoir la richesse liquide que pourrait générer un investissement, pour des besoins de comparaison. Nous y reviendrons dans le prochain article.
II- Trésorerie
La CAF représente la richesse liquide que génère une entité sur un exercice, mais pas la richesse liquide immédiatement disponible. En effet, certains éléments diffèrent d’un solde à l’autre.
La trésorerie peut se définir comme la quantité de liquidités disponibles dans la caisse ou dans la banque. Ainsi, elle prend en compte plusieurs éléments non utilisés par les autres soldes. On peut citer entre autres :
- Les épargnes et emprunts. Ce sont des sommes d’argent qu’une entité reçoit ou donne respectivement, de manière temporaire, et en échange d’un intérêt. Par contre, ils ne font pas partie de l’activité de l’entreprise, donc sont absents du compte de résultat. Cependant, ils provoquent des rentrées ou sorties d’argent;
- Les immobilisations. Ce sont des biens matériels (machines industrielles, bâtiments) ou immatériels (logiciels, fonds de commerce) qu’une entité acquiert dans le but de faire tourner l’activité sur plusieurs années. Du fait que le résultat et la CAF sont annuels, l’acquisition d’immobilisations, concernant plusieurs années, n’est donc pas considérée comme une charge, malgré la sortie d’argent que cela occasionne;
- La date de valeur. En effet, si le 14 Mai, un boutiquier vend un ventilateur à 10 000 FCFA à crédit (à régler dans 3 jours), ce boutiquier sera riche de 10 000 FCFA dès le 14 Mai selon la comptabilité, mais de 0 selon la trésorerie. Par contre, le 17 Mai au règlement, le vendeur sera riche de 10 000 FCFA selon la trésorerie. Ainsi, le 14 Mai où la vente a été effectuée, est alors la date d’opération et le 17 Mai où l’argent a été encaissé, est la date de valeur;
- La périodicité. Les deux autres soldes sont annuels. Ils concernent uniquement les activités d’un exercice sur un exercice. Par contre, la trésorerie est continue. La trésorerie à l’instant T dépend systématiquement de la trésorerie précédente. De surcroît, elle ne peut pas être négative.
III- Comparaison entre RN, CAF et trésorerie
| Résultat net | Capacité d’autofinancement | Trésorerie | |
| Amortissements et provisions | Oui | Non | Non |
| Variations de stocks | Oui | Oui | Non |
| Prêts et emprunts | Non | Non | Oui |
| Immobilisations | Non | Non | Oui |
| Périodicité | Annuelle | Annuelle | Aucune (continue) |
| Valeurs possibles | Positive et négative | Positive et négative | Positive uniquement |
| Date | Opération | Opération | Valeur |
Conclusion
Nous avons pu discuter des points suivants :
- En section 1, le chiffre d’affaires et les étapes pour arriver au résultat net;
- En section 2, les soldes plus significatifs sur le plan financier, que sont la CAF et la trésorerie.
Au final, le chiffre d’affaires ne veut pas dire grand-chose, à part traduire les ventes effectuées. Le résultat net (encore appelé bénéfice) pourrait être un meilleur indicateur, mais c’est la trésorerie qui détermine s’il est possible d’effectuer une dépense supplémentaire. C’est ainsi ce qui s’est passé en 2017 avec le FC Barcelone, qui possédait des revenus records, mais n’avait pas suffisamment de liquidités (en d’autres termes, de trésorerie) pour se renforcer et renouveler les contrats. Pour pallier ce problème de liquidités, ils auraient pu emprunter. Mais contrairement à l’emprunt, les salaires des joueurs, leurs primes de signature, les commissions aux agents et les impôts auraient significativement diminué leur résultat net de l’exercice. Des dépenses que la présidence du club a sans doute préféré éviter. Dans les faits, les soldes de gestion existent par centaines. C’est au financier d’en tirer l’information qu’il recherche, dans le cadre de sa tâche.
Sources:
Statista, «Chiffre d’affaires du FC Barcelone de la saison 2005/06 à la saison 2017/18» https://fr.statista.com/statistiques/1006477/revenus-barcelone-fc-saison/
Le coin des entrepreneurs, «Les soldes intermédiaires de gestion (SIG)» https://www.lecoindesentrepreneurs.fr/soldes-intermediaires-de-gestion-sig/
Hubert de La Bruslerie (2008), «Analyse financière, Information financière, diagnostic et évaluation» Dunod

[…] gros de cet article a déjà été vu dans la section 1 de celui sur les soldes de gestion (lien ici). Mais il sera approfondi […]