More

    [Comptabilité][Finance] Le bilan

    Introduction

    Une entreprise, une organisation, effectue des transactions en permanence, pour optimiser sa santé financière, voire générer des bénéfices. Mais elle doit forcément être au fait de l’état de ce qu’elle possède et comment cela influence ses activités. Cet état, c’est le bilan. Cependant, vous seriez surpris d’apprendre que ce n’est pas juste un document figé qu’on remet aux impôts chaque année. Non, le bilan peut aussi vous permettre de sauver votre entreprise, ou d’obtenir un emprunt. Comment? L’objet de l’article d’aujourd’hui, c’est de l’analyser sous toutes ses coutures : ce que c’est, ses parties et ses utilisations. Ainsi, nous verrons le bilan sous deux aspects : sa forme naturelle en comptabilité, et ses retraitements en finance.

    Section 1 : bilan en comptabilité

    Le bilan peut être défini comme l’état du patrimoine d’une entité (entreprise, ONG, etc) à une année N donnée. Plus simplement, tous les biens matériels et immatériels que possède une entreprise et comment l’entreprise les a obtenus. Lorsqu’on parle de bilan, on fait référence principalement au bilan comptable. En effet, il existe d’autres types de bilans (fonctionnel, financier, de marché), issus du bilan comptable, et dont nous parlerons en section 2.

    Le bilan est un tableau segmenté en deux parties :

    • L’actif (côté gauche) qui constitue tout ce que l’entité possède;
    • Le passif (côté droit) qui montre d’où provient chaque chose qu’on possède.

    Selon un principe en comptabilité, dit de la partie double, le montant de l’actif doit toujours être égal à celui du passif. En effet, si vous posséder un stylo (100 F), vous devez avoir pris cet argent quelque part (votre capital, qui est de 100 F). Il ne sort pas de nulle part.

    I- Actif

    Ci-dessous, la structure de l’actif du bilan selon le plan comptable OHADA :

    Actif dans le SYSCOHADA.

    Comme vous le voyez, l’actif est divisé en trois parties : actif immobilisé, actif circulant et trésorerie actif.

    1-  Actif immobilisé

    Dans un article passé, j’ai expliqué ce que c’est qu’une immobilisation : un élément matériel (tangible) ou immatériel qu’acquiert une entité, en vue d’une utilisation sur deux ou plusieurs années. Vous pouvez par exemple avoir acquis un ordinateur. Il est fait pour être utilisé pendant 2 ou 3 ans. De même, vous pouvez acquérir un bâtiment, un terrain ou même un titre de participation (action dans une société visant à la gérer pour les années à venir).

    2-  Actif circulant

    Tout ce que l’entreprise possède, mais qui n’apparaît dans le bilan que dans le cadre de l’activité courante de l’entité, est considéré comme circulant (opposé à immobilisé). Il est constitué de stocks (de marchandises, de matières premières) et de créances (fait que quelqu’un vous doit de l’argent).

    Une grande confusion existe entre stocks et immobilisations corporelles. Admettons que vous achetiez un ordinateur. Actif immobilisé ou circulant? Disons que vous comptez l’utiliser au bureau de la secrétaire. Cet ordinateur est donc une immobilisation. Par contre, vous êtes une entreprise qui vend du matériel informatique? Cet ordinateur est destiné à être vendu. Ce n’est donc plus une immobilisation, mais une marchandise (actif circulant). Ainsi, la distinction est au niveau de l’utilisation que vous comptez faire du matériel.

    3-  Trésorerie actif

    Revenons à l’exemple en début de section. Vous possédez un stylo de 100 F parce que vous avez un capital de 100F, ayant servi à acheter ce stylo. Mais si ce capital est de 500 F et le stylo coûte 100 F, alors il reste 400 F inutilisés. Donc le principe de partie double n’est pas respecté, vu que d’un côté, on a 500 F et de l’autre, 100 F… En fait, non. Les 400 F restent existent bien. Sous forme de liquidités. C’est ainsi ça la trésorerie : l’ensemble des sommes disponibles en caisse, en banque, en chèque pour une entité. Ainsi, le capital de 500 F se traduit par 100 F de stylo (un actif circulant) et 400 F en caisse (trésorerie actif).

    II- Passif

    Le passif, une fois de plus, montre d’où provient tout ce qu’on a. La précision doit être faite, car beaucoup confondent trésorerie (actif) et capital. La trésorerie est dans l’actif, donc provient du passif, alors que le capital est un élément dudit passif, comme nous le verrons dans le titre suivant.

    Ci-dessous, la structure du passif du bilan selon le plan comptable OHADA :

    Passif dans le SYSCOHADA.

    Le passif du bilan est presque le miroir de l’actif. Ainsi, comme nous pouvons le voir, il est constitué des ressources durables, du passif circulant et de la trésorerie passif (reflets respectivement de l’actif immobilisé, l’actif circulant et la trésorerie actif).

    1-  Ressources durables

    Ce sont les sommes d’argent débloquées pour l’entreprise à long terme. Elles sont constituées de deux parties :

    • Les capitaux propres. Ce sont les ressources qui proviennent de l’entreprise (réserve), de son activité (bénéfice) ou de ses actionnaires (capital);
    • Les emprunts. Ce sont des dettes de nature financière qui sont vouées à être remboursées dans un futur lointain.

    NB : l’article précédent, sur les choix de financement, est entièrement consacré aux ressources durables. Vous y trouverez plus de détails (lien).

    2-  Passif circulant

    Il s’agit ici uniquement des dettes non financières, de l’activité courante (contraire des créances à l’actif circulant). Cela s’explique par le fait que des « stocks passifs », ça n’a pas de sens… Les stocks étant par nature matériels, tangibles.

    La différence entre une dette financière et une dette non financière (généralement une dette fournisseur) est que la dette fournisseur, c’est lorsque l’entité achète un bien ou service, mais va verser l’argent après. Alors qu’une dette financière, c’est lorsque l’entité emprunte une somme d’argent, mais va la rembourser dans le futur.

    3-  Trésorerie passif

    Il peut arriver une situation où le compte en banque d’une entité est vide, mais elle doit effectuer un virement important. Si la banque lui fait suffisamment confiance, elle peut permettre à l’entité de dépenser au-delà de ce qu’elle possède dans son compte. Ainsi, l’entité peut posséder 100 000 F, mais effectuera un virement de 900 000 F. Elle se retrouvera alors avec un solde de -800 000 F. On dit alors que l’entité a un découvert de 800 000 F. Le découvert est ainsi ce qui constitue la trésorerie passif.

    La trésorerie passif est une dette financière tout comme les emprunts, mais une dette financière à court terme.

    III- Bilan dans le SMT

    Le SMT, ou Système Minimal de Trésorerie, est un système de comptabilisation très simplifié ne prenant en compte que les encaissements et les décaissements. Selon l’acte uniforme OHADA, seules les très petites entreprises y ont droit. Elles sont classées selon les chiffres d’affaires suivants :

    • 30 000 000 FCFA maximum pour les entreprises de négoce;
    • 20 000 000 FCFA maximum pour les entreprises artisanales;
    • 10 000 000 FCFA maximum pour les entreprises de services.

    Ainsi, si vous êtes propriétaire d’un établissement ou d’une activité individuelle, de vente de vêtements via Instagram ou au marché par exemple, ce type de bilan sera adapté à votre activité.

    Bilan dans le SMT.

    Voici donc l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur le bilan comptable. Cependant, comme je l’ai évoqué dans le premier article que j’ai écrit (lien), la comptabilité et la finance ont deux intérêts divergents, et donc le bilan comptable souffre de limitations pour ce qui est des perspectives futures. La section suivante expliquera plus en détails comment ces limitations ont été contournées.

    Section 2 : bilan en finance

    Le problème du bilan comptable a plus à voir avec la comptabilité qu’avec le bilan lui-même. Entre autres, trois principes entrent en jeu :

    • Le principe du coût historique, qui stipule qu’un bien est enregistré à sa valeur d’origine. Ainsi, si vous achetez une marchandise à 100 000 F, sa valeur restera à 100 000 F, malgré l’inflation (qui diminue la valeur de la monnaie, donc augmente le prix des choses) ou la déflation (qui augmente la valeur de la monnaie, donc diminue le prix des choses);
    • Le principe de prudence, qui stipule que la comptabilité anticipe uniquement les pertes probables, mais ignore les gains probables. Ainsi, si la marchandise achetée à 100 000 F peut se revendre à 120 000 F parce qu’elle est devenue rare sur le marché, sa valeur nette sera toujours de 100 000 F. Par contre, si elle ne peut être revendue qu’à 80 000 F, alors sa valeur nette sera de 80 000F;
    • Le principe de continuité d’exploitation, selon lequel on se comporte comme si l’entité est supposée toujours exister dans le futur. Ce qui limite beaucoup son analyse, étant donné que l’hypothèse d’une faillite ou d’une liquidation ne peut pas être prise en compte.

    En plus de cela, l’on peut citer le fait que le bilan comptable enregistre les actifs et passifs par nature (si c’est un emprunt, si c’est un stock…) plutôt que par fonction (si cet emprunt est presque échu, si ce stock est destiné à être utilisé…)

    Ainsi, en finance, ou plutôt en analyse financière, le bilan comptable est retraité pour donner des indications plus claires sur certains aspects négligés par la comptabilité. Il s’agit entre autres du bilan fonctionnel, du bilan financier et du bilan de marché.

    I- Bilan fonctionnel

    Le bilan fonctionnel est un retraitement du bilan comptable qui fait ressortir les fonctions principales de l’entité. Il est fait dans une optique de continuité de l’entité : est-ce qu’elle peut continuer de subsister?

    1-  Fonctions d’une entité

    Il y en a trois :

    • Fonction d’investissement: elle concerne tout ce qui est utilisé pour générer de l’investissement;
    • Fonction de financement : elle concerne tout ce qui est utilisé pour pouvoir investir;
    • Fonction d’exploitation : elle concerne toutes les possessions et les dettes que l’entité a dans le cadre de son exploitation quotidienne.

    Imaginons que vous ouvrez un cabinet d’avocat. Il faudra que vous ayez de l’argent pour votre loyer, pour aller prospecter, pour venir au travail tous les matins. D’où sortira cet argent? Réponse facile : de votre capital! Votre capital de 5 000 000 F (fonction de financement) vous a permis d’acheter tout le matériel vous permettant d’avoir votre activité, soit 3 500 000 F (fonction d’investissement). Après, il vous reste environ 1 500 000 F. Cet argent, la différence entre le financement et l’investissement, est ce qu’on appelle le fonds de roulement (FR), et cet argent sera utilisé pour les besoins quotidiens du cabinet comme le loyer ou le transport (fonction d’exploitation).

    FR = Financement – Investissement

    Maintenant, admettons qu’au bout du compte, avec vos premiers clients et vos différents stocks à acheter, votre loyer à payer… vous n’ayez besoin que de 1 000 000 F pour vos activités quotidiennes. Cette somme constitue ce qu’on appelle le besoin en fonds de roulement (BFR).

    BFR = Actif circulant – Passif circulant

    Le but du fonds de roulement est de couvrir le besoin en fonds de roulement. Mais après, il va rester 500 000 F. Où sera cet argent inutilisé? En caisse et en banque. Bref, en trésorerie. On peut donc définir cette dernière comme ce qu’il reste après que le fonds de roulement a couvert le besoin en fonds de roulement. Cela s’appelle la trésorerie nette (TN).

    TN = FR – BFR

    Schématisation de l'équilibre financier.
    Schématisation de l’équilibre financier.

    Le fonds de roulement doit toujours être positif. Il en va d’une règle fondamentale en finance, l’équilibre financier.

    2-  Retraitement

    Si vous avez été attentifs jusqu’à présent, vous devez avoir une remarque : les fonctions qui sont décrites ici, ne sont-elles pas juste celles du bilan comptable, mais avec un autre nom? Genre, financement = ressources durables, investissement = immobilisations. Si dans le haut du bilan (investissement et financement), c’est vrai à l’exception de ce qu’on appelle des intérêts courus non échus, dans le bas du bilan (exploitation) tout est chamboulé. Les actifs et passifs circulants sont segmentés en deux : activités ordinaires (ou AO; ce qui est courant) et hors activités ordinaires (ou HAO; ce qui est exceptionnel).

    En plus de l’équilibre financier, on vérifie la prépondérance des HAO. Des HAO très élevés dans l’actif circulant, indiquent que les créances supportées par l’entreprise sont généralement exceptionnelles, et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter par rapport au pouvoir de négociation de l’entité. Par contre, des HAO très élevés dans le passif circulant, indiquent que le pouvoir de négociation de l’entité envers ses fournisseurs ne doit pas être surestimé.

    II- Bilan financier

    Le bilan financier est un retraitement du bilan comptable qui fait ressortir la capacité de solvabilité et de liquidité d’une entité. Il est fait dans une optique de liquidation : si mon entité s’arrête de fonctionner aujourd’hui, est-ce que je pourrai rembourser tous mes créanciers à temps?

    La solvabilité est la capacité d’une entreprise à s’acquitter de ses dettes à long et moyen terme, et la liquidité est en quelques sortes la solvabilité pour les dettes à court terme. Ce bilan peut ainsi s’avérer crucial pour les banquiers, qui pourront s’assurer que l’entité pourra les rembourser.

    1-  Retraitement

    Il est beaucoup plus complexe que celui du bilan fonctionnel. En effet, dans une première étape, les actifs du bilan comptable sont réévalués à leur valeur réelle (en prenant en compte l’inflation et autres augmentations/diminutions de valeur).

    Ensuite, l’actif et le passif sont reclassés par ordre de liquidité et d’exigibilité respectivement. En effet, plus une échéance est proche pour une dette/créance et plus elle est en bas dans le bilan. Vous vous rappelez la différence que j’ai faite entre dette financière et dette fournisseur plus haut? Ça c’est en comptabilité, où on ne regarde que la nature de l’élément. En bilan financier, on parle uniquement de dette à court terme (DCT) et de dette à long et moyen terme (DLMT). Si aujourd’hui (2019) je dois rembourser un fournisseur en 2021, l’échéance, sera à plus d’un an, donc ce sera une DLMT : ça va passer du passif circulant aux ressources durables (appelées ici capitaux permanents). Par contre, si j’ai un emprunt que j’ai contracté en 2014, et la fin de l’emprunt est en 2019 (l’année où nous sommes), alors ce sera une DCT (car l’échéance est à moins d’un an) et ça va passer des capitaux permanents au passif circulant (alors que l’année dernière, cet emprunt serait resté dans les capitaux permanents).

    À l’actif, on classe par facilité à obtenir de l’argent et possibilité de vente. Les immobilisations, qui ont pour vocation à faire tourner l’activité de l‘entreprise, seront vendues en tout dernier recours. Cela dit, les titres de participation sont, comme on l’a vu, des immobilisations. Mais si ceux qu’on possède peuvent facilement être vendus, ils vont être transférés vers la trésorerie actif (appelée valeurs disponibles). À contrario, si la marchandise de 100 000 F que vous avez achetée plus haut est destinée à être affichée en vitrine, donc pas à la vente, elle deviendra alors un stock-outil (qui ne doit jamais être vendu, car sert à indiquer la présence de produits à vendre) et doit et sera transférée des stocks (appelés ici valeurs d’exploitation) à l’actif immobilisé (valeurs immobilisées).  

    Présentation du bilan financier.
    Présentation du bilan financier.

    2-  Fonctions

    Les fonctions sont les mêmes que dans le bilan financier. Mais ici, les objectifs sont différents. On ne s’assure pas que le financement destiné à l’investissement le couvre. On s’assure que tout le passif à long terme puisse couvrir tout l’actif à long terme. Et surtout, que les besoins à court terme puissent être couverts par le surplus de capitaux permanents. Une fois de plus, l’objectif ici est de vérifier la solvabilité. Et si l’entité devait être liquidée aujourd’hui, pourrait-elle s’acquitter de ses dettes?

    Ainsi, à la toute fin, des ratios sont calculés pour s’en assurer : ratio de liquidité générale/réduite/immédiate, ratio d’autonomie financière, ratio de solvabilité…

    III- Bilan de marché

    Il s‘agit d’une forme de bilan condensé, fait dans l’optique de répondre à certaines problématiques. En effet, l’approche fonctionnelle ignore le fait que beaucoup d’entités constatent des emprunts (dettes financières à long et moyen terme) ou des découverts bancaires (dettes financières à court terme) en jouant sur les taux d’intérêt. Et donc établir un fonds de roulement en ne considérant que les DLMT n’est plus pertinent.

    De même, le BFR est un poste à part entière dans le bilan de marché, ce qui permet en un coup d’œil de voir les capitaux investis (Investissement + BFR), et d’avoir la base de calcul de la rentabilité économique, de même que la comparaison avec les capitaux propres, et donc la rentabilité financière.

    Enfin, la comparaison entre les capitaux propres et l’endettement net (toutes les dettes financières auxquelles on retranche la trésorerie actif) est directement faisable, de manière à pouvoir estimer le levier.

    Pour plus d’explications sur tout cela, voir l’article sur les choix de financement, rubrique emprunts (lien plus haut).

    Passage du bilan comptable au bilan de marché.
    Passage du bilan comptable au bilan de marché.

    Conclusion

    À la fin de cet article, nous avons vu les points suivants :

    • En section 1, le bilan comptable et ses caractéristiques;
    • En section 2, certains bilans en finance, fonctionnel, financier et de marché.

    Le bilan est ainsi beaucoup plus qu’un simple tableau à présenter aux impôts. C’est aussi une source intarissable d’informations qui nous permet d’analyser la santé financière de l’entreprise. Et ce selon deux optiques : celle de la continuité et celle de la liquidation. Le bilan fonctionnel est naturellement plus utile pour l’entreprise, qui veut s’assurer de pouvoir continuer de subsister. Le bilan financier par contre, intéresse davantage les banquiers, qui veulent s’assure que même dans le pire des cas, l’emprunt qu’ils vont faire pourra être remboursé. Le bilan de marché enfin, se concentre sur la rentabilité espérée en vertu de la structure financière.

    Sources :

    Dagobert Ngongang, «Finance II», université de Ngaoundéré (2019)

    Christophe Thibierge, «Analyse financière», Vuibert (2011)

    Ohada.com, «Système minimal de trésorerie» http://www.ohada.com/actes-uniformes/693/795/chapitre-9-systeme-minimal-de-tresorerie.html

    Latest articles

    Related articles

    2 Comments

    Leave a reply

    Please enter your comment!
    Please enter your name here